Un paysage d'infrastructure, récit autour d'une balafre* géographique.

Climat - fiction à Rio de Janeiro, scénario basé sur le changement climatique.

*A.Roger

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« Il n’y a pas de paysage sans récit.
Le paysage n’est d’ailleurs que le redoublement de la réalité par un récit, qu’il soit tenu par un jardinier, un poète ou un peintre (...). »

(A.Roger, Court traité du paysage, Paris, Gallimard, 1997)

Et si . . .


Et si l’on admettait que la grande crise écologique de notre temps allait métamorphoser nos villes.


Alors, en tant qu’architecte, nous avons le devoir de penser le paysage de la ville de demain autrement.
Il ne s’agit pas ici de faire état d’un scénario catastrophe, mais d’accepter une future réalité aujourd’hui inévitable :

le changement climatique.


Sachant que les plus grands enjeux politiques sont à l’échelle du territoire, d’un point de vue social et écologique, comment aujourd’hui faire l’hypothèse de l’évolution de la ville de demain?


A travers un lien de cause à effets qui présuppose ce qui peut arriver demain, la prospection architecturale est liée aujourd’hui à la prise en compte des « catastrophes naturelles » dans le cadre d’un urbanisme futur.


Comment développer une nouvelle conception architecturale face à ces mutations climatiques actuelles et futures ?

A quoi ressembleront les paysages des villes après la (re)montée des océans, dans 10, 20, 50 ou 100 ans?


Quels changements entrainera le réchauffement climatique dans les modes de vie et l’organisation des sociétés ?

 

Quelles conséquences aura la future montée des eaux sur les villes littorales d’aujourd’hui, vulnérables - géographiquement et humainement – (comme Rio de Janeiro)?


Comment traiter les zones dites « à risques » ? Que fait-on des zones inondables ou sujettes à des intempéries vio- lentes ? Doit t’on prévenir le risque en interdisant l’urbanisation ou au contraire autoriser la construction en anticipant les catastrophes naturelles éventuelles ?


Essayons donc d’aborder ces changements non par le « catastrophisme », non pas dans « un état d’esprit à la fois terrorisé et impuissant » (Alain Badiou, La philosophie et l’évènement, Ed. Germina 2010)
mais par une réflexion sur la modélisation de la ville actuelle et de son développement futur.



Une réflexion qui soit le point de départ d’une nouvelle considération du paysage urbain de nos villes, et de celle qui m’intéresse ici plus particulièrement : Rio de Janeiro.



Ainsi, le pouvoir de l’eau qui monte ne crée t’il pas un espace homogène et partageable, l’espace de l’eau offrant une mise à distance égalitaire du paysage ?


« Un regard sur la mer, c’est un regard sur le possible. » Paul Valéry
Alors, nourrir le possible pour pouvoir envisager un avenir meilleur ?


Nous verrons que la montée des eaux fait ressurgir au cœur de la cité l’identité du littoral et qu’elle soulève un questionnement sociétal et écologique qui souligne la vulnérabilité actuelle de Rio de Janeiro et plus particulièrement de sa Zone Nord.


Nous verrons que la Cidade Maravilhosa (cité merveilleuse) se caractérise aussi par une vulnérabilité inégale face au changement climatique suivant le statut social de ses habitants.
Alors considérer la montée des eaux non pas comme destructrice de la ville, mais comme salvatrice d’un paysage urbain actuellement enclavé et fractionné?


Cette problématique de la montée des eaux m’amène ainsi à m’intéresser à la réintroduction de la géographie dans le processus d’organisation de la ville.

 

Il s’agit ici de comprendre et d’observer un paysage, une géographie à l’échelle du territoire carioca. Ou plutôt de deux géographies : celle de la morphologie et de la topographie physiques du lieu, et la géographie artificielle qui va naître de la montée des eaux.


L’enjeu de mon projet réside donc dans la réintroduction de ces géographies (naturelle et artificielle) au cœur de l’urbanisme. Révélant ainsi une nouvelle dimension « projectuelle » des territoires aériens.


Un nouveau cordon littoral va se dessiner. Incarné par une infrastructure autoroutière aérienne traversant l’horizon: la Perimetral (qui est le lieu, l’espace et le temps du projet).


L’infrastructure devient alors aussi forte que la géographie.